Opération « Bahari Moja » : la coopération régionale au service de la sécurité maritime dans l’océan Indien

Du 3 février au 8 mars 2026, l’Océan Indien occidental a été le théâtre d’une opération maritime multinationale destinée à renforcer la coopération régionale dans l’Océan Indien occidental. Sous le leadership du Kenya, en partenariat avec les Seychelles, Maurice et Madagascar, l’Opération « Bahari Moja » a démontré avec succès que la sécurité maritime se construit avant tout dans la mise en commun des moyens, des renseignements et des savoir-faire.

Une opération multinationale au service d’un océan partagé

Conduite sous l’égide du Centre Régional de Coordination Opérationnelle (CRCO) de Victoria aux Seychelles, et soutenue par l’Union Européenne dans le cadre du programme Safe Seas Africa (SSA), l’Opération « Bahari Moja » s’inscrit dans la dynamique de l’Architecture Régionale de Sécurité Maritime (ARMSA/RMSA). Sa vocation : contrer les activités illicites qui menacent la stabilité et la prospérité des États riverains de l’Océan Indien occidental.

Quatre zones opérationnelles ont été définies pour répondre aux menaces identifiées — trafic de stupéfiants, pêche illicite non déclarée et non réglementée, piraterie, migration irrégulière et transbordements illicites. Chacune de ces zones a mobilisé des moyens navals, aériens et de renseignement coordonnés, illustrant la complémentarité des capacités de chaque État membre dans le cadre de la coopération régionale dans l’Océan Indien.

Le CFIM Madagascar : un maillon essentiel du renseignement maritime régional

Dans le cadre de la zone de fusion Île Maurice–Madagascar, le Centre de Fusion d’Informations Maritimes (CFIM) de Madagascar a joué un rôle central. En étroite collaboration avec le Centre Régional de Fusion d’Informations Maritimes (CRFIM) dont il héberge le siège à Antananarivo, Madagascar, le CFIM a assuré l’intégration et la valorisation de flux de données provenant de sources nationales et régionales multiples.

Concrètement, cette contribution a permis de maintenir une image maritime cohérente, actualisée en temps réel et partagée entre tous les acteurs de l’opération. Les unités de patrouille ont ainsi pu ajuster leur positionnement en fonction des renseignements fusionnés, concentrant leurs efforts sur les zones à haut risque associées au trafic de stupéfiants et à la pêche illicite.

Ce rôle illustre parfaitement la valeur ajoutée d’un centre de fusion d’informations en matière de sécurité maritime : là où une unité navale isolée ne dispose que d’une vision partielle de son environnement maritime, le CFIM transforme des données brutes en renseignements actionnables, offrant aux commandants opérationnels une compréhension globale et précise de la situation en mer.

La fusion d’informations : pierre angulaire de la sécurité maritime moderne

Coopération régionale en matière de sécurité maritime dans le cadre de l'Opération Bahari Moja

Opération Bahari Moja : ensemble pour une sécurité maritime renforcée dans l’Océan Indien

L’Opération « Bahari Moja » a confirmé une réalité que les professionnels du secteur connaissent bien : dans un espace maritime aussi vaste et aussi dynamique que l’Océan Indien occidental, aucun État ne peut agir efficacement en solitaire. La menace est transnationale, la réponse doit l’être tout autant.

C’est précisément ici qu’intervient la fusion d’informations maritimes. En agrégeant et en croisant les données issues de différentes sources, les centres de fusion comme le CFIM permettent :

  • D’identifier plus tôt les comportements suspects ou anomalies en mer ;
  • De transmettre les informations recueillies aux autorités décisionnelles en temps utile
  • D’optimiser le déploiement des moyens, souvent limités, dont disposent les États membres ;
  • De construire une mémoire opérationnelle régionale, précieuse pour les opérations futures.

L’interopérabilité entre le CRCO, le CRFIM et les centres nationaux comme le CFIM Madagascar — renforcée tout au long de cette opération — constitue en ce sens un actif stratégique majeur pour toute la région.

Des résultats concrets sur fond de menaces croissantes

L’opération s’inscrit dans un contexte régional marqué par l’intensification des activités criminelles en mer. En octobre 2025, la marine kenyane, appuyée par les Forces de Défense des Seychelles, avait déjà intercepté une tonne de méthamphétamine — une saisie historique qui avait illustré l’ampleur des trafics traversant l’Océan Indien occidental et leur capacité à financer le terrorisme et à déstabiliser les communautés locales.

Face à ces réseaux criminels organisés et bien équipés, « Bahari Moja » a démontré que la réponse régionale est à la hauteur : patrouilles coordonnées dans la zone de convergence des frontières maritimes du Kenya, des Comores et des Seychelles, surveillance renforcée des zones à risque identifiées par le renseignement fusionné, et présence maritime continue sur des milliers de kilomètres carrés d’océan. Tout converge une coopération régionale bien huilée pour une sécurité maritime renforcée dans la région.

Vers un Océan Indien occidental plus sûr et plus résilient

Au-delà des résultats opérationnels immédiats, l’Opération « Bahari Moja » laisse un héritage durable : des procédures opérationnelles renforcées entre le CRCO et le CRFIM, une interopérabilité accrue entre les moyens des différents États membres, et une confiance mutuelle consolidée entre les marines et garde-côtes de la région.

Le CFIM Madagascar, fort de son engagement dans cette opération, réaffirme sa détermination à contribuer pleinement à l’architecture de sécurité maritime régionale. Partager l’information, c’est multiplier les capacités de chacun afin de garantir que l’Océan Indien occidental demeure un espace de paix, de commerce et de coopération.

Cette dynamique de coopération vaut aussi pleinement au niveau national où la mise en commun d’informations collectées par tous les acteurs du milieu de la sécurité maritime est un indispensable pour permettre à Madagascar de défendre efficacement ses intérêts en mer et de contribuer efficacement à l’effort régional.

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